Doit-on nécessairement être entrepreneur pour enseigner l’entrepreneuriat ?

Doit-on nécessairement être entrepreneur pour enseigner l’entrepreneuriat ?

C’était lors de la cinquième plénière fort intéressante, du Tunisian African Empowerment Forum 2018 (TAEF) organisée par TABC, sur le thème du “renforcement de l’enseignement de la culture entrepreneuriale chez les jeunes Africains”, qui a mobilisé un parterre d’experts autour de la question centrale: comment instaurer une culture entrepreneuriale chez nos jeunes ? Une question qui a fait jaillir des opinions et des expériences diverses, non des moins enrichissantes, mais qui nous ont toutefois laissés sur notre faim.

Une jeunesse en mal de vivre, en quête de sens et de vérité, l’entrepreneuriat serait-il le remède? Bien évidemment, nous sommes tentés de dire oui, mais quelle complexe mission d’arriver à ancrer la valeur de la culture de l’entrepreneuriat dans l’esprit de nos jeunes et de les amener à créer leur avenir et à être acteurs de leur destin. Incontestablement, toute question d’ordre culturel, ne peut passer que par le chemin de l’éducation.

D’où puiser cette culture ?

Un module de “culture entrepreneuriale”, ou encore de “création d’entreprise”, ou de “gestion de projet” suffit-il à ancrer cette culture dans les universités ? Intervenant lors de cette plénière, Lotfi Saibi, président 4LDH et membre de CAVIE Tunisie explique que la culture entrepreneuriale ne s’inculque pas du jour au lendemain, bien qu’un gain d’intérêt pour l’entrepreneuriat est aujourd’hui manifeste, du fait de la mondialisation et de l’envahissement des nouvelles technologies.

Pour l’expert, la culture entrepreneuriale doit inclure tout un écosystème composé d’un ensemble de parties prenantes, et doit tenir compte du contexte. En somme, l’éducation fournit des outils, toutefois, c’est le terrain qui apprend à devenir entrepreneur. “C’est un état d’esprit, un environnement qui doit se créer, impliquant l’ensemble des intervenants” précise Lotfi Saibi.

Pour Maher Kallel, fondateur Carthage Angels, le modèle de la Silicon Valley, première machine à startups au monde est bien le modèle qui révèle tous les handicaps du continent et de la Tunisie plus particulièrement. En Tunisie, avoir l’idée du siècle ne donne droit qu’à 20% des gains ! Alors qu’ailleurs dans le monde “l’idée est mille fois plus importante que l’argent” déplore l’expert.

“Le système éducatif doit être repensé selon la valeur ajoutée créée” préconise Maher Kallel.

Lassad Mezghani, expert ETF, est plutôt d’avis qu’il est tout à fait possible de développer l’enseignement de la culture entrepreneuriale. Preuve à l’appui entre les mains, un projet actuellement en cours, visant à ’intégrer l’apprentissage de l’esprit et des compétences entrepreneuriales avant l’obtention du diplôme. Ce projet serait basé sur une démarche pédagogique à travers l’instauration de modules de projets entrepreneuriaux, alliant l’apprentissage à l’expérimentation. Les premiers résultats de cette initiative ont révélé une nette augmentation de l’intention entrepreneuriale des diplômés de l’université de Sfax, passant de 3,8% en 2004 à 46% aujourd’hui.

Il est temps de capitaliser sur l’échec

Nous entendons parler des mythiques mais non moins nombreuses success stories venues d’outre-atlantique et d’ailleurs, révélant les succès d’entrepreneurs qui marqueront sans doute et à jamais le 21ème siècle.

Des personnages presque légendaires, mais dont les expériences mettant en scène leurs échecs n’en sont pas moins véridiques et inspirantes.

Un Walt Disney qui fut licencié par son éditeur car il manquait d’imagination, un Jack Ma qui a échoué aux examens d’entrée à l’université de Chine quatre ans de suite, et n’a jamais été le numéro un à l’école; un Steve Jobs, un Mark Zuckerberg et un Bill Gates qui ne sont pas allés jusqu’au bout de leur cursus universitaire.

En effet nous ne les connaissons que trop bien, toutefois comprenons-nous réellement l’enseignement se profilant derrière ces expériences? Et le comprendre amènera-t-il les changements qui s’imposent ? Lotfi Saibi pointe du doigt cet élément essentiel qui est la culture de l’échec, déplorant : “un des plus gros freins à l’entrepreneuriat est le système d’éducation francophone, duquel nous sommes imprégnés et qui rémunère les premiers de l’école et sanctionne les derniers de la classe.

Savez-vous que 72% des fondateurs et CEO de la Silicon Valley avaient des moyennes médiocres dans les universités? Chez nous, ces personnes ne sont pas valorisées”. Il faudrait donc revoir le système d’éducation, bannir la culture de la peur, fortement ancrée chez les jeunes, revoir les modèles de mentoring, et de financement, qui ne s’orientent que vers les plus brillants. “ Mais les décideurs d’aujourd’hui n’ont pas forcément l’expérience de l’entrepreneuriat”.

On est aussi dépassé parce que la culture s’inculque dès l’enfance !

Faisant partie de l’audience et intervenant lors de la séance des questions-réponses, une enseignante universitaire venue tout droit du Canada n’a pas manqué de souligner un fait majeur: la culture entrepreneuriale, ça s’inculque dès le plus jeune âge ! Prenant pour exemple le système d’éducation canadien qui enseigne à l’enfant comment vendre son chocolat à ses camarades…

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